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Enfant à la fenêtre : faut-il laisser l’autorité parentale à un parent qui n’exerce pas son droit de visite volontairement ?

jeudi 26 juin 2014 , dernière modification : mercredi 9 septembre 2015, par Easy Tribu

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Connaissez vous l’expression "l’enfant à la fenêtre" qui désigne ces enfants de parents divorcés, attendant en vain que leur parent exerce leur droit de visite ? Selon une étude de l’Institut national d’études démographiques de mai 2013, un enfant sur cinq ne voit plus du tout son père après un divorce.
Certains parents n’exercent plus leur droit de visite, ne viennent plus chercher leur enfant, laissant à l’autre parent le soin de tout gérer.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, cela fait partie de la triste réalité de la vie.
Doit-on obliger un parent à exercer son droit de visite ? Pour le gouvernement la réponse est claire : oui, grâce à la proposition de cet amendement fenêtre, qui prévoit une sanction financière en cas de non exercice de son droit de visite.
Mais si l’on a comme seul objectif l’intérêt de l’enfant, il est surréaliste de penser que l’enfant sera heureux de retrouver un parent qui, pour ne pas avoir à payer, récupérera son enfant lors de son droit de visite ?
Il est indéniable que le divorce ne doit pas permettre aux parents d’oublier la responsabilité qu’ils ont vis à vis de leur enfant, mais la solution doit être réaliste, et surtout permettre aux enfants de continuer à se développer normalement.
Que peut-il se passer dans la tête d’un enfant dont un de ses parents ne s’occupe plus, pourquoi les parents agissent-ils ? Est-il légitime de laisser l’autorité parentale à un parent divorcé qui brille par ses absences répétées ?

L’enfant à la fenêtre ou comment empêcher l’enfant de se construire

Cette image d’un enfant qui attend son père ou se mère qui ne viendra jamais le chercher est difficile à supporter. Au delà de l’absence, c’est la construction de l’enfant qui est en jeu. Comment se sentir considéré par un parent qui ne prend même pas la peine de venir me chercher ? Est-ce parce que je ne vaux pas le coup ? Ai-je fait quelque chose de mal ? Que puis-je faire pour susciter de l’intérêt ? Nous comprenons bien à quel point l’enfant à la fenêtre est en souffrance et le mal profond qui peut être généré par ce parent qui oublie certainement le poids de ses responsabilités.
Certains enfants se jugeront inutiles, se mettant ainsi en échec scolaire. A quoi ça sert d’être bon à l’école si mon parent ne s’intéresse pas à moi ? D’autres souhaiteront attirer l’attention par des comportements excessifs : insolence, violence, ou au contraire introversion totale.
Un père, une mère, sont des exemples, des références, pour un enfant. Quel sera l’incidence de cet épisode quand cet enfant deviendra lui-même parent ?
Pour les familles recomposées, cette situation peut être encore plus difficile à vivre, surtout lorsque les autres enfants de la famille partent régulièrement chez leur autre parent. Comment comprendre la différence d’un tel comportement entre deux parents biologiques ?
Construire une relation avec un beau-parent alors que son parent biologique n’exerce pas son droit de visite peut se révéler tout aussi délicat. Comment un enfant peut se construire avec les autres s’il ne se sent pas considéré par son propre parent ?
Enfin, lorsque le parent qui n’exerce pas son droit de visite, reconstruit une famille et donne naissance à un demi-frère ou à une demi-sœur, imaginez la douleur de l’enfant !
Personne n’a envie qu’un enfant se sente abandonné par l’un de ses parents, connaissant trop les conséquences parfois désastreuses que cela peut avoir dans son développement. Et la séparation des parents ne doit certainement pas aboutir à une augmentation de ces situations.

Qu’est ce qui peut pousser un parent à ne pas exercer son droit de visite ?

Assouvir un désir de vengeance envers l’autre parent
Malheureusement, trop souvent, cette absence n’est pas liée à l’enfant mais à un conflit avec l’autre parent. Je me venge de mon ex-conjoint en lui laissant toute la charge et la responsabilité de l’enfant. C’est une manière également d’asservir l’autre parent, qui doit se réorganiser sans cesse à l’annonce de ma venue et au constat de mon absence. Parfois le vice va même jusqu’à la volonté d’empêcher un ex-conjoint d’avoir juste des moments de liberté sans enfants. L’enfant n’est responsable de rien, il est juste le moyen de faire souffrir un parent.

Ne pas vouloir porter la responsabilité de son enfant
Il y a des parents qui ne se sont jamais senti bien dans leur rôle, et ce parfois dès la naissance de leur enfant. Ils avaient tendance à déléguer tout ce qui touchait à l’enfant à l’autre parent, et ce pour des raisons souvent plus personnelles, liées à leur propre histoire.
Ces parents qui n’ont pas fini de grandir, que l’on qualifie d’adolescents, pour leur coté immature devant le poids des responsabilités, peuvent oublier régulièrement de venir chercher leur enfant. On ne trouve pas de volonté de blesser un enfant ou un parent, mais juste une inconstance et un sens des priorités particulier, oubliant facilement d’honorer les devoirs du rôle de parent.

Être en conflit avec l’enfant
Je ne vois plus mon enfant parce que je ne le supporte plus. Parfois les moments partagés lors des droits de visite ne sont que tensions et conflits et un parent préfèrera les éviter. Un divorce, l’arrivée d’un beau-parent, peuvent mettre en difficulté l’enfant qui n’a pas trouvé d’autres solutions que de se rebeller. Et face à tant de difficulté, la démission de son rôle de parent est tellement plus facile, d’autant plus qu’il reste un autre parent pour s’en occuper !

L’influence de l’entourage
Certaines personnes s’éloigneront de leurs enfants parce-que leur nouveau conjoint les guide dans cette direction. Un beau-parent peut se révéler exclusif et ne pas désirer partager son conjoint, y compris avec les enfants de ce dernier. Il peut également être jaloux de l’amour que son conjoint porte à ses enfants, à tel point qu’il essaiera d’en diminuer l’intensité.

Il y a certainement d’autres raisons qui amènent certains parents à ne plus exercer leur droit de visite et dans tous les cas, il vaut mieux les connaître, à défaut de les comprendre, pour aider son enfant à se construire, même en l’absence d’un de ces parents.

Non exercice du droit de visite volontairement : quelles solutions dans l’intérêt de l’enfant

Selon la Loi française on ne peut pas contraindre un parent à exercer son droit de visite et d’hébergement, car il s’agit d’un droit et non d’une obligation. Donc un juge aux affaires familiales ne pourra pas contraindre un parent de le faire.
Le cas échéant, vous pouvez demander une augmentation de la pension alimentaire si votre ex-conjoint ne prend pas les enfants, puisque vos charges sont augmentées d’autant.

Nous aimerions dire qu’il est simple de faire comprendre à un parent qu’il ne peut pas abandonner son enfant en décidant de ne pas exercer son droit de visite. Mais il faudrait certainement remplir les cabinets de psychologues et psy-autre-chose pour arriver à un tel résultat. Sensibiliser sur les conséquences de tels actes est certainement une première étape, mais elle reste de loin insuffisante.
Et puis lorsqu’on entend parler d’amende comme solution nous réagissons forcément, très négativement, proposant des solutions certainement plus efficaces.

"L’amendement fenêtre" : pire que mieux !
La loi famille, qui doit être votée cet été, prévoit une sanction financière pour le parent qui n’exerce pas son droit de visite, une augmentation de la pension alimentaire (la loi le permet déjà) ou une amende civile allant jusqu’à 10 000€.
Pensez-vous sincèrement que l’on doit obliger un parent à prendre son enfant sous peine d’amende ? Si oui, qu’attendez vous de ce parent, qui prend son enfant uniquement pour ne pas payer l’amende. Va-t-il s’en occuper ? A partir du moment où il est incapable de faire la part des choses, laissant son enfant l’attendre en vain, pensez-vous qu’il sera capable d’agir réellement dans l’intérêt de son enfant ?
Et s’il fallait sanctionner tous les parents irresponsables vis-à-vis de leurs enfants, il faudrait certainement prévoir des amendes pour les familles traditionnelles également !
Il est à noter que cette proposition de loi sur l’amende pour non exercice du droit de visite donne en parallèle tous les pouvoirs à ce même parent, sous prétexte d’autorité parentale. Ce parent qui devra s’acquitter d’une amende pourra également refuser de signer un mandat d’éducation permettant au beau-parent de s’occuper de son enfant !

Parler à son enfant

Avant même de penser à sanctionner un parent, il faudrait inciter ce dernier à parler à son enfant. Faire attendre un enfant, le laisser espérer est tout simplement cruel. Lui dire que l’on exercera pas son droit de visite est dur, mais déjà plus supportable.
Expliquer pourquoi est encore le plus important, c’est sans doute ce qui permettra à l’enfant de ne pas se baigner d’illusion et de reconstruire sa vie avec l’affection des gens qui l’entourent sans rien attendre d’un autre parent.
Mais obliger un parent à expliquer son attitude vis-à-vis de son enfant est bien entendu trop compliqué.

Permettre au parent présent d’avoir l’autorité parentale intégrale

Le code civil précise qu’en cas de séparation des parents l’autorité parentale reste conjointe. Concrètement, pour les actes usuels (actes habituels, peu importants de la vie courante de l’enfant), la présomption d’accord de l’autre parent s’applique. C’est-à-dire que tant que l’autre parent n’a pas fait connaître expressément son désaccord, les décisions prises par un seul parent concernant les actes usuels de son enfant sont valables. En revanche pour les actes non usuels (acte important, grave, inhabituel, qui rompt avec le passé ou qui engage l’avenir de l’enfant), l’accord des deux parents est obligatoire. C’est le cas par exemple pour les décisions d’orientation ou de changement d’orientation, l’inscription dans un établissement d’enseignement privé , le redoublement ou saut de classe.

A partir du moment où un parent décide de ne plus exercer son droit de visite volontairement, se privant ainsi de contacts avec son enfant, on peut considérer qu’il n’agit plus dans l’intérêt de l’enfant. Or le fondement de l’autorité parentale se base sur la croyance qu’un parent ne peut agir que dans l’intérêt de son enfant !
Le cas de ces "enfants à la fenêtre" démontre chaque jour que certains parents sont incapables d’agir dans l’intérêt de l’enfant.

Une solution radicale consisterait à supprimer tout ou partie de son autorité parentale, partant du principe que l’absence volontaire d’un parent exprime son incapacité à agir dans l’intérêt de son enfant. Sachant que le retrait d’une autorité parentale n’enlève pas tous les devoirs d’un parent, il serait légitime de creuser sur cette possibilité.

Une autre solution, complémentaire, consisterait à considérer que l’autorité parentale n’est plus conjointe mais devient intégrale pour le parent qui garde l’enfant. Plus besoin d’obtenir la signature d’un parent absent ou se désintéressant de son enfant pour les actes usuels et non usuels.

Cette solution prend toute sa place dans un climat ou le gouvernement souhaite mettre en place le mandat d’éducation quotidien pour le beau-parent. Que se passera-t-il demain si la loi est votée et que le parent absent refuse pour autant de signer un mandat d’éducation pour le beau-parent ? Cela risque d’arriver souvent, surtout quand on comprend que trop souvent un parent qui n’exerce pas son droit de visite volontairement est un parent qui se sert de son enfant pour se venger de son ex- !

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