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Le combat de Maud Versini : "l’intérêt supérieur de l’enfant" trop rarement pris en compte

lundi 13 avril 2015 , dernière modification : mercredi 9 septembre 2015, par Easy Tribu

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"Je pourrai voir mes enfants 7 semaines par an", cette victoire a pourtant le goût amer d’une défaite, celle de ne pouvoir récupérer la garde de ses propres enfants. Alors que l’intérêt des enfants est sensé être à l’origine des décisions prises lors d’un divorce, la réalité démontre chaque jour à quel point on s’en éloigne. Vengeance, égoïsme, intérêt du parent, passent souvent bien avant l’intérêt des enfants.

Maud Versini, c’est cette femme française, qui en 2002 épouse Arturo Montiel, un mexicain très influent dans la sphère politique de son pays. En 2007, le divorce est prononcé, et Maud Versini obtient la garde de ses 3 enfants qu’elle emmène en France. Mais tout bascule en janvier 2012, lorsque les enfants vont rejoindre leur père pour les vacances. Il décidera de les garder au Mexique, sans prévenir leur mère, sans prendre en compte les décisions de justice. S’installe alors un long combat pour Maud Versini, qui se heurtera très vite au pouvoir, à l’influence de son ex-époux que rien ne semble atteindre, à la complexité des relations internationales. Privée de ses enfants, et sans cesser de se battre, Maud Versini trouvera la faille qui obligera son ex-époux à entrer en négociation : un mandat d’arrêt international. Pour stopper cet arrêt, il acceptera d’envoyer ses enfants 7 semaines par an en France.

Il n’aura donc pas fallu attendre que la raison fasse son chemin ou que l’intérêt des enfants soit pris en compte. C’est le pouvoir contre le pouvoir qui aura gain de cause, encore une fois.

La question du divorce des parents pose systématiquement la question de l’intérêt des enfants lorsqu’il s’agit de prendre des décisions.

Le combat de Maud, rappelle le combat que l’on devrait mener chaque jour pour aider les parents à faire la part des choses entre leur propre intérêt et celui de leurs enfants.

On partage les enfants comme on partage un patrimoine, considérant que l’on est à moitié propriétaire. Mais un enfant n’appartient à personne et ne doit pas être l’otage de nos colères, notre rancœur.

Quelle considération a-t-on pour ses enfants lorsqu’on les empêche de voir leur mère du jour au lendemain ? Visiblement aucune.

L’intérêt supérieur de l’enfant : une notion trop subjective

La notion d’intérêt supérieur de l’enfant a pris place dès 1902 dans la conférence de la Haye, puis en 1959 avec la déclaration des Droits de l’Enfant et enfin en 1989 avec la convention internationale des droits de l’enfant (CIDE).

Si l’on se penche maintenant sur la définition de "l’intérêt supérieur de l’enfant", on ne pourra constater qu’un grand vide. Il n’y a pas de définition. Ce sera donc aux parents, puis au Juge de prendre des décisions dans "l’intérêt de l’enfant", décision inextricablement liée à l’histoire individuelle, aux convictions personnelles, bref, à toute la subjectivité du décisionnaire.

Et si chacun pense être doté d’une capacité d’hyper-objectivité, Pierre Desproges nous ramène à la réalité dans sa définition du chandail : : "c’est le vêtement que l’enfant porte quand sa mère a froid".
Combien d’enfants ont dû suer à grosses gouttes en jouant, emmitouflés dans des manteaux fourrés, parce que les mères les attendaient gelées sur un banc !

Aujourd’hui, les parents savent bien qu’il est quasiment impossible de connaître la décision d’un juge pour un conflit concernant la garde des enfants.
Certains favoriseront toujours la mère, le père, les moyens financiers, la disponibilité des parents, la volonté des enfants, ....Ainsi, "pour le bien de l’enfant", et dans une même situation, un juge sera amené à décider une garde alternée, un autre à la refuser, comme un parent décide de punir un enfant qui a cassé un jouet, et un autre de le consoler.

Y-a-t-il des solutions ?

Nous n’allons pas nous essayer à donner une notion de l’intérêt supérieur de l’enfant, mais interpeler chaque parent, chaque juge, afin qu’il s’interroge sur la nature des décisions qu’il prend après un divorce.

Le minimum serait de demander une argumentation complète quant à la décision prise par un juge. Les décisions tombent comme des couperets. Une décision motivée et argumentée permettrait au moins aux parents de prendre en compte un point de vue pertinent.

Aux parents nous serions tentés de leur demander d’analyser la nature de leur décision et de répondre systématiquement à la question suivante : "est-ce pour moi ou pour mon enfant ?".

Est-il utile de rappeler qu’un enfant a besoin d’un environnement qui lui permette de se construire sereinement (les repères sécurisent, leur changements brusques ou incessants les fragilisent) ? Que les besoins des enfants sont liés à leur âge, mais aussi à leur personnalité, et qu’à ce titre, les réponses ne peuvent qu’être individuelles.
Que le plus grand point commun des enfants est la nécessité de recevoir de l’amour, et que l’amour ne se mesure pas au nombre de jours passés avec un parent sur un calendrier.

Au législateur, nous demanderons d’éviter de rédiger des lois qui intègrent l’intérêt des parents sans intégrer celui des enfants, telle que la loi relative à l’autorité parentale qui est en train d’être examinée par le Sénat.

Vos commentaires

  • Le 15 avril 2015 à 12:24, par midu En réponse à : Le combat de Maud Versini : "l’intérêt supérieur de l’enfant" trop rarement pris en compte

    Excellent article, merci Easytribu pour votre analyse bien documentée et pertinente.

    J’aurais peut être suggéré qu’il peut être intéressant de savoir écouter les mots ou les pensées que l’enfant, quel que soit son âge, n’exprime pas ou peu et qui peuvent refléter sa manière de vivre, bien ou mal, sa situation d’enfant "partagé ". 

    Chaque enfant est unique et prendre la peine d’observer ses réactions et comportements, savoir repérer les indices comportementaux inhabituels chez lui pourrait permettre une application plus judicieuse des dispositions prises "dans son intérêt" bien entendu. 

    L’enfant, selon son âge, a probablement un avis qu’il n’exprime pas toujours ou n’ose pas exprimer, de peur de faire de la peine, avec tous les risques de culpabilisation associés.
    Son avis pourrait aussi être pris en considération après échange et décision partagée avec ses parents pour une application circonstanciée des décisions d’un juge et une gestion pertinente de sa situation.
    Midu

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