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Dans les décompositions-recompositions familiales qui prend en charge les valeurs ?

mardi 20 janvier 2015 , dernière modification : mercredi 9 septembre 2015, par Easy Tribu

17 personnes ont été tuées entre le 7 et le 9 janvier 2015, parce-qu’elles avaient caricaturées « Mahomet », parce qu’elles étaient juives, ou parce qu’elles étaient policiers.
Nous avons été choqués, dévastés, nous avons été et nous serons toujours Charlie. Nous avons été aussi émus par un peuple qui s’est mis débout, prêt à défendre la liberté d’expression et les valeurs républicaines.

Et puis nous avons vécu ce moment tragique dans nos familles respectives, monoparentales, recomposées, et traditionnelles. Nos enfants qui nous parlent de la minute de silence dans leurs écoles, et parfois de la difficulté à la faire respecter. Nos ados, qui n’ont pas tout de suite compris l’ampleur de l’événement, trop habitués à voir des meurtres, des fusillades, des drames, sur les chaînes d’info ou dans les journaux. Ces même ados, qui sont revenus de leur collège étonnés par les débats entre les « pour » et les « contre » Charlie, par leurs copains qui disaient « Charlie l’a bien mérité ».

Le 16 janvier 2015, à la suite des attentats, la ministre de l’éducation a annoncé sa volonté de renforcer la transmission des valeurs de la République à l’école, et notamment le respect de l’égale dignité des êtres humains, de la liberté de conscience et de la laïcité.

Ce drame nous a mis face à la question de la transmission des valeurs, du rôle de l’école, de la société, et du rôle des parents, et notamment du rôle des parents séparés.

L’importance des valeurs dans l’éducation des enfants

Les valeurs permettent aux enfants d’avoir une référence pour agir d’une part (savoir ce qui est bien ou mal), et de suivre un idéal d’autre part.

La transmission des valeurs, c’est permettre aux enfants de se socialiser, de s’intégrer dans la société, mais aussi c’est transmettre une tradition et construire ainsi le futur. C’est aussi, apprendre à juger par soi-même, à critiquer, à faire évoluer les règles et à modifier les traditions.

Il y a les valeurs qui nous permettent de vivre ensemble (respect, tolérance, ...) , valeurs transmises par l’école et la société, et les valeurs familiales (amour, confiance, générosité, … ).
En 1993, le respect de l’environnement, l’honnêteté, la prise de responsabilité et la persévérance étaient les valeurs principales que les parents souhaitent transmettre à leurs enfants, selon une étude du credoc.

Hiérarchie des valeurs à transmettre aux enfants

Toutes ces valeurs s’entrecroisent lors de l’enfance et nous avons voulu étudier la conséquence de l’éclatement de la cellule familiale sur la transmission des valeurs, parce que nous avons lu, que les enfants de parents séparés étaient moins bien éduqués que les autres, et forcément cela nous a fait réagir.

Nous avons commencé par analyser la transmission des valeurs à l’école et dans notre société, afin de situer les enfants dans leur contexte. Cela nous a permis de mieux comprendre l’importance aujourd’hui de la transmission des valeurs au sein de la famille, d’autant plus lorsque cette famille est "éclatée".

L’école doute, et ne sait plus quelles valeurs transmettre et comment les transmettre

La question sur le rôle de l’école dans la transmission des valeurs a été soulevée à de nombreuses reprises et ne cesse de faire débat. A force de vouloir mener de multiples combats idéologiques, politiques, économiques, l’école d’aujourd’hui se cherche, perd de son sens, manque de clarté.

On appréciera le débat national public actuel proposé par le gouvernement sur la définition des valeurs de L’école Républicaine, qui a le mérite d’énoncer clairement des difficultés rencontrées. Voici quelques questions que se pose actuellement l’école :

L’école transmet les valeurs de la République : Liberté, Égalité, Fraternité, permettant la vie en commun, l’identité nationale et la neutralité idéologique. Mais elle exprime des hésitations sur le moyen de transmettre ces valeurs :

  • Égalité  : doit-on conserver les notes au nom de la reconnaissance par le mérite, ou doit-on les supprimer au nom de l’égalité des chances et de l’épanouissement personnel ?.
  • Liberté  : comment prôner à la fois la liberté et la différence ? Doit-on faire la place à l’expression de la diversité ou au contraire demander à chacun de la relativiser ?
  • Fraternité  : les valeurs d’épanouissement individuel explosent dans la société actuelle, qui rêve d’un cursus adapté aux besoins de chaque enfant. Mais comment faire cohabiter la nécessité d’apprendre ensemble avec celle de répondre aux besoins individuels ?

Les hésitations de l’école laisse la place à des multiples réponses, à une réappropriation individuelle de chaque valeur. Plus elles perdureront, plus il sera difficile d’imposer un choix, car quand on ne sait plus s’il faut garder ou non un système de notation, par exemple, on atteint sa légitimité de toute façon.

L’école instruit, transmet le savoir, mais, elle s’interroge  :

  • sur la manière de le faire : faut-il apprendre à apprendre et ainsi donner la capacité à s’adapter à toute situation, ou apprendre un métier et s’adapter très vite aux besoins de l’économie ? L’actuel taux de chômage, les inadéquations entre les cursus proposés et les offres d’emplois font douter chaque jour un peu plus de la capacité de l’école à transmettre ce qui permettra à nos enfants de construire le futur.
  • sur sa façon de considérer la culture du divertissement, transmise par les médias de masse. Doit-elle la combattre ou l’inclure ? Plus largement, la culture pose débat : renforce-t-elle les inégalités ou contribue-t-elle à lutter contre l’opinion de masse ?

L’école transmet la valeur d’autorité mais en pratique, elle reproche aux parents de ne plus exercer leur autorité, tandis que les parents veulent que l’école se charge de l’autorité. La conséquence est une perte de l’autorité en générale, celle des enseignants par les élèves et celle des parents par leurs enfants.

Ces exemples illustrent à quel point l’école est face aux doutes, et ce depuis longtemps, avec pour conséquence une perte des valeurs transmises, car sans cesse remises en question.

A côté de l’école, nos enfants passent du temps dans notre société : activités sportives, amis, médias, société qui joue également son rôle de transmission de valeurs, d’autant plus important que les doutes de l’école laissent la place à l’expression d’autres valeurs.

Valeurs transmises par la société : la force des médias

Il y a bien entendu les valeurs traditionnelles transmises par la société qui s’attachent, à travers des lois, à permettre la vie en communauté.

Il y a aussi des valeurs de groupes, de communauté, de "tribu" qui prennent de plus en plus d’ampleur dans une société qui mute vers une individualisation plus forte, conséquence de la perte de confiance dans la société d’une part, et la recherche de l’épanouissement désormais personnel qui en résulte.

Enfin, les médias sont devenus un formidable vecteur de transmission des valeurs grâce à leur accessibilité. Ils vont donner l’opportunité à certains enfants de croire en de nouvelles valeurs transmises par des émissions qui prônent la nécessité d’avoir de l’argent pour réussir, qui prône le paraître devant l’être, ... et nous pourrions parler de l’incitation à la radicalisation de certains sites internet bien entendu.

Face à une École en doute et une puissance des médias dans la capacité à transmettre de nouvelles valeurs, on comprendra que le rôle de la famille est plus que jamais indispensable dans l’éducation de nos enfants.

La transmission des valeurs familiales

Les valeurs et les normes individuelles de chaque parent proviennent

  • de leur patrimoine culturel (ce qu’ils ont appris à l’école et dans la société),
  • de leur histoire familiale (valeurs transmises par leur propres parents),
  • et du choix individuel (les normes et les valeurs qu’ils souhaitent conserver toute leur vie).

Il est intéressant de savoir que ce ne sont pas les parents qui souhaitent le plus transmettre les valeurs qui y parviennent.

La réussite de la transmission ne provient pas d’une méthode pédagogique, telle que l’éducation stricte ou permissive.
Elle est davantage liée à la catégorie des valeurs et des normes à transmettre.

Les valeurs qui se transmettent le mieux sont donc les pratiques religieuses, les fortes croyances idéologiques, les valeurs qui sont dans le courant de celles transmises par la société (car elles y trouvent) un relai et un écho.

La Valeur d’Autorité, quant à elle, est en pleine évolution. Si autrefois les parents pensaient qu’il était nécessaire d’apprendre aux enfants à se soumettre aux lois de la communauté, et à fortiori, à celle de la famille, ils prônent de plus en plus l’autonomie et l’épanouissement de leurs enfants.

Dans les décompositions-recompositions familiales qui prend en charge les valeurs ?

Comment se transmettent les valeurs lorsque les familles sont séparées ?
Lorsqu’une famille se sépare, les conséquences sur la transmission des valeurs sont importantes :

Le niveau d’implication de chaque parent évolue après une séparation
Souvent, un des deux parents ne s’implique plus comme avant, car il ne voit plus son enfant comme avant. Selon les enquêtes de l’INED, les enfants seront confiés à leur mère dans 90% des cas, et 40% des enfants de parents séparés voient rarement ou plus du tout leur père. La transmission des valeurs sera donc très fortement liée à l’implication des 2 parents qui ne vivent plus ensemble. Combien de parents, parce qu’ils se sentent coupables auprès de leurs enfants, n’arrivent plus à faire preuve d’autorité ?

Le risque de l’effondrement des valeurs transmises
La séparation des parents peut faire voler en éclat les valeurs qui lui ont été transmises : le manque de respect de parents qui se déchirent, l’autorité qui disparaît avec l’absence d’un parent ou l’attitude d’un parent qui a décidé de ne passer que des « bons moments » pour compenser l’absence. Si les parents n’incarnent plus les valeurs, les valeurs « ne valent plus rien » et il devient compliqué de les transmettre.

La recherche d’autres valeurs
Certains enfants, pris en étau entre leurs parents, peuvent chercher à trouver refuge ailleurs. Quand les valeurs de la famille s’effondrent et quand l’école doute, il peut y avoir une quête d’une autre famille qui reflète une forte idéologie. C’est le terrain de chasse favori des gourou, des mentors, pour des causes qui peuvent amener à la destruction (terrorisme, secte, …). . Selon l’enquête « Santé-jeunes » de 1998, les comportements de mal-être et de déviances (drogues, alcool, tabac, violence, dépressions, suicides…) sont deux fois plus importants pour les enfants de parents séparés que pour les enfants de parents non séparés.

Nouveau foyer : nouvelles valeurs
Certains enfants, vont aussi se reconstruire dans une famille recomposée, avec la venue d’un nouveau beau-parent, représentant une nouvelle figure d’autorité, avec ses propres valeurs. Plus l’enfant est construit, plus la cohabitation peut se révéler délicate.
En refusant d’intégrer les valeurs d’un beau-parent, l’enfant peut exprimer sa difficulté à faire le deuil de sa vie d’avant.
Et à l’inverse, la solidité d’un nouveau foyer avec des valeurs fortes pourra lui permettre de s’épanouir à nouveau.

Faire le choix entre des valeurs contradictoires
Vivre dans 2 foyers différents, c’est parfois vivre dans 2 systèmes de valeurs radicalement opposés, où le consensus des parents qui vivaient sous le même toit a disparu avec leur séparation, le temps qui passe, et parfois l’influence d’environnements différents.
Les enfants qui vivent au rythme des temps de garde chez des parents qui ont des valeurs opposées pourront être parfois perdu et finalement bien nul part, ayant du mal à trouver leurs repères entre ce qui est bien ou mal. La garde alternée peut également avoir cette conséquence néfaste de brouiller complètement les références d’un enfant.

Il est donc ainsi clair que la transmission des valeurs familiales aux enfants de parents séparés est fortement fragilisée et qu’il est nécessaire, dans le contexte actuel, de s’assurer que nos enfants auront bien toutes les armes pour se construire, former leur jugement, vivre avec les autres.

Le constat d’échec scolaire plus important pour les enfants de parents divorcés, doit, de la même manière nous alerter fortement.

Comment transmettre les valeurs malgré la difficulté d’une séparation

1. Les valeurs s’incarnent et se transmettent indépendamment du temps passé avec un enfant

La 1ère transmission ne demande pas de temps puisqu’elle se traduit dans les comportements, les actes, les attitudes. Un parent, un beau-parent, qui partagent la vie d’un enfant, incarneront les valeurs qu’ils portent.

La puissance des ACTES

Un parent qui souhaite transmettre la valeur de la « fraternité » à ses enfants, en fera la démonstration à travers des dons à des œuvres sociales, son implication dans une association de solidarité, le partage des jouets et des vêtements entre enfant …..
Un acte fort, est bien plus puissant qu’un discours sur la nécessité d’aider les autres.
Parfois, si le temps nous manque, et que nous voulons nous assurer de la portée de nos mots, il suffit de réfléchir à une action forte, partagée avec les enfants.

La cohérence des ACTES

  • Respecter l’autorité si vous souhaitez que vos enfants respectent l’autorité, et notamment la vôtre (comment parlez-vous des enseignants, de votre patron, des policiers ….)
  • Parlez bien si vous souhaitez que vos enfants parlent bien …..


2. Les valeurs s’expliquent

Vouloir transmettre une valeur, c’est plus que jamais l’expliquer, et parfois l’argumenter, en se mettant au niveau de maturité de l’enfant. Nos enfants voient chaque jour des contre-exemples des valeurs que nous souhaitons leur transmettre, à travers la télé, l’attitude de leurs amis, la séparation .... Donner du sens aux valeurs que nous voulons transmettre devient aujourd’hui indispensable.

On explique à un garçon de 10 ans par exemple qu’il doit laisser sa place aux personnes âgées dans le bus, parce que les personnes âgées se fatiguent vite et que la position debout est très inconfortable, voire parfois douloureuse pour elle.

On explique à une fille de 7 ans qu’elle ne doit pas laisser couler l’eau trop longtemps car un jour, il n’y en aura plus, car des milliers d’enfants meurent de soif chaque jour.

On explique à un adolescent qu’il doit respecter l’autorité de ses parents,

  • parce qu’il sera soumis à l’autorité toute sa vie, celle de la société pour vivre en communauté, celle de son patron, ....et qu’il est inutile de lutter contre, au risque de vivre mal
  • parce que l’autorité n’est pas faite pour soumettre un enfant mais avant tout pour contribuer au respect au bonheur de toute une famille, et à son épanouissement personnel

Expliquez les valeurs que vous souhaitez transmettre est encore plus indispensable si la Société et l’école ne les défend pas.

3.Imposer vos valeurs, mais laissez à vos enfants la liberté de choisir leurs propres valeurs

Les valeurs qui ont le plus de chance d’être suivies par les enfants sont celles qui amènent à une certaine réussite.
L’enfant qui rêve d’être comme son père ou comme sa mère aura une tendance à suivre leurs conseils, leurs valeurs.

A contrario, parfois les parents renvoient l’image de "ce que je ne souhaite pas devenir" et dans ce cas, l’enfant sera amené a testé les valeurs transmises pour comprendre ce qu’elles peuvent lui apporter.

Il est donc indispensable de rester intransigeant sur les valeurs que vous souhaitez imposer, au nom de la vie en collectivité dans votre foyer. Vos enfants feront ensuite leur propre choix ..

4. L’entente entre les parents séparés n’est ni bonne, ni mauvaise sur la transmission des valeurs

Nous avons vu que plus les valeurs étaient partagées par tous (école, société, parents) plus elles avaient la chance d’être transmises.
Donc il est certain que si les 2 parents séparés, continuent à véhiculer les mêmes valeurs, chacun de leur côté, il sera plus facile pour l’enfant d’y adhérer.

Mais nous mettons en garde tous ceux qui pensent qu’il faut absolument une unité parentale dans le discours porté aux enfants après une séparation.

  • D’abord parce que c’est un non-sens que de vouloir unir 2 personnes séparées
  • Ensuite, parce que la différence n’est pas néfaste pour un enfant, en revanche, ce qui est perturbant, c’est cette recherche d’un consensus qui n’a pas d’utilité sur des valeurs qui doivent avant tout s’incarner
  • Enfin, parce que ne plus vivre ensemble, c’est pouvoir reconstruire une vie, un foyer, avec des personnes qui n’ont pas à être guidées par un ex-conjoint.

5. S’appuyer sur la famille recomposée pour transmettre les valeurs

Pour tous les enfants qui vivent dans une famille recomposée, il existe cette formidable opportunité de trouver de nouveaux repères à travers la transmission des valeurs de chacun.
L’un des rôles majeur d’un beau-père ou d’une belle-mère est justement de pouvoir transmettre son propre système de valeurs dans l’intention de compléter l’éducation d’un enfant, d’ouvrir son regard, de penser différemment et de former son propre jugement.

Les parents doivent laisser la place au beau-parent de transmettre ses propres valeurs, tout comme le beau-parent ne doit pas hésiter à les transmettre. Le rôle d’un beau-parent dans l’éducation des enfants de son conjoint est très important.

Conclusion

Les enfants de parents divorcés ont besoin plus que jamais de pouvoir s’appuyer sur des valeurs familiales pour construire leur futur. Plus fragilisés dans leurs repères, plus touchés par l’échec scolaire, par les problèmes de délinquance et d’addictions aux drogues, il est capital de prendre conscience du rôle de chacun : École, Société, Famille dans la transmission des valeurs.

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