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Gérer un enfant difficile dans une famille recomposée

dimanche 1er mars 2015 , dernière modification : mercredi 9 septembre 2015, par Easy Tribu

« Avec mon enfant, c’est difficile », il s’oppose à mon conjoint, il refuse d’obéir, il est insolent, irrespectueux, capricieux et pourtant j’ai l’impression d’avoir tout essayé.

« L’enfant difficile » est celui qui désempare les adultes par son manque d’écoute, de respect, d’obéissance, une agitation motrice excessive, de l’impulsivité, voire de l’agressivité. C’est celui qui, petit, pique des crises de colères « à se rouler par terre » dans les lieux publics, ou qui refuse de se plier à l’autorité de son parent, beau-parent, voire professeur à l’école. C’est cette attitude que l’adulte n’arrive pas à canaliser malgré toutes les tentatives : la douceur (« explique moi pourquoi tu agis ainsi ») , la colère (hausser le ton, s’énerver) , les punitions (« interdit de télé pendant 1 semaine ! ») , les menaces (« tu iras en pension si tu continues ! » ).

Gérer un enfant dit "difficile", c’est d’abord comprendre "ce qui ne va pas", "pourquoi il agit ainsi", c’est reconnaître sa souffrance mais aussi celle de son parent, de son beau-parent, et c’est savoir instaurer des règles éducatives afin qu’elles soient respectées, tout en prenant en compte la personnalité des enfants, c’est aussi gérer les moments difficiles.

1. Comprendre pourquoi l’enfant agit ainsi

Il y a 3 raisons principales qui amène un enfant à devenir "difficile" pour les adultes qui les entourent :

L’expression d’une souffrance à travers une attitude
L’enfant est dans le registre de l’instinct et des émotions. Pendant ses jeunes années, c’est par l’attitude qu’il s’exprimera, incapable de mettre des mots sur ses besoins. Un bébé pleure quand son estomac vide lui fait mal. A 8 ans, un enfant qui manque d’amour aura du mal à venir voir un adulte pour lui dire "j’ai besoin que tu m’aimes". L’attitude est donc sa meilleure arme, depuis tout petit pour réponde à ses besoins. Comment dire "j’existe", "je veux que l’on s’occupe de moi", que "l’on me considère" quand on n’arrive pas ou on n’ose pas mettre des mots sur des émotions. Par l’attitude. Un enfant peut devenir irrespectueux pour se faire remarquer. Se faire gronder, c’est une manière de prouver que l’on existe pour quelqu’un.
La peur d’une nouvelle séparation, la perspective d’un déménagement, devoir partager l’amour de son parent avec un beau-parent, ne plus être aimé comme avant, sont autant de craintes qui peuvent facilement se transformer en souffrance.

Le manque de règles éducatives
Les règles éducatives, nécessaires au développement de tous les enfants sont fortement fragilisées dans le contexte d’une séparation parentale. Les règles du passé se sont volatilisées, au profit de nouvelles règles établies dans le foyer du père et de la mère. Et souvent, par peur de décupler la souffrance d’un enfant qui a subit une séparation, ou parce qu’ils voient moins leurs enfants, les parents décident de lâcher du leste.
Dans sa construction l’enfant n’ayant de cesse de pousser les limites, on imagine facilement qu’il peut vite dépasser les bornes. C’est par exemple l’enfant qui deviendra capricieux à la maison, parce qu’à force de céder à ses désirs, il prendra l’habitude de tout obtenir de cette façon, quitte à se rouler par terre à chaque fois.

Le fonctionnement de l’enfant !
Parfois, la souffrance est liée à une pathologie ou une fonctionnement particulier du cerveau de l’enfant qui l’amène à être "difficile", comme la dyslexie ou l’hyper-activité, mais dans ce cas, seul un professionnel de la santé pourra vous aider à diagnostiquer et trouver les solutions adaptées.

Les enfants de manière générale, et encore plus lorsqu’ils sont subit la séparation de leurs parents, ont besoin de se sentir en sécurité pour évoluer. Dès qu’il y a un manque affectif, dès que les règles éducatives n’assurent plus leur rôle de cadre sécurisant, le risque de devenir un enfant "difficile" est présent.

Un enfant difficile, c’est la plupart du temps un enfant qui souffre.

2. Les conséquences sur la famille recomposée

Un parent qui se sent coupable d’imposer les crises de son enfant à son nouveau conjoint, un beau-parent qui ne sait pas s’il doit agir ou laisser faire le parent, tous les éléments sont présents pour fragiliser le couple dans ces situations.

Sans compter les conséquences sur les autres enfants présents dans le foyer recomposé, qui doivent à leur tour encaisser les tensions.

Déculpabiliser le parent de l’enfant, s’impliquer dans la recherche de solutions, comme on le ferait pour son propre enfant, est vraiment important. La richesse du regard que porte un beau-parent sur un enfant est aussi une véritable aide pour le parent.

Lorsqu’il y a un enfant qui souffre, c’est toujours toute la famille recomposée qui souffre

3. Le réconfort est une première réponse à la souffrance

Les questions que l’on peut se poser pour essayer de comprendre l’origine de la souffrance d’un enfant qui trouvera refuge dans des attitudes extrêmes :

  • Depuis quand l’enfant est devenu "difficile à vivre" : était-ce le cas avant la séparation, ou depuis un évènement particulier ?
  • Avec qui est-ce difficile ? Un parent, beau-parent, tous les adultes, un professeur, un autre enfant ?
  • Différencier les moments où l’enfant est facile de ceux où il devient difficile : est-ce lié à la présence d’une personne, à une activité, à un ordre, ...
  • Faites le tour des questions liées aux sentiments : se sent-il aimé par ses parents, par son nouveau foyer, ....

Et à défaut de trouver l’origine de la souffrance, rassurez-le sur les choses essentielles à sa construction, et en particulier dans un foyer recomposé :

  • Rappelez lui l’importance de sa place dans le foyer en l’intégrant dans les décisions (choix de la décoration de son espace, des activités en famille, ...)
  • Dites lui combien vous l’aimez
  • En tant que beau-père ou belle-mère, parlez de ce que vous avez envie de construire avec lui : une relation, un avenir, des échanges
  • Dédramatisez les disputes du couple afin qu’il ne les associent pas à une possible séparation
  • Assurez vous qu’il a les conditions optimales pour se concentrer sur son apprentissage (ambiance du foyer, organisation, mode de garde avec l’autre parent ....)

Rassurer un enfant c’est lui permettre d’enlever certaines craintes qui pourraient être à l’origine d’un comportement difficile. Savoir imposer les règles éducatives, c’est aussi lui donner un cadre qui lui permettra de vivre plus sereinement en famille recomposée.

4. Comment imposer les règles éducatives dans une famille recomposée ?

La difficulté est de trouver l’équilibre entre la règle et la liberté pour développer l’autonomie, entre les besoins des adultes et ceux des enfants, et les questions autour de la « bonne règle », de la bonne « sanction », sont nombreuses.

Créer un cadre sécurisant cohérent
Les règles éducatives doivent permettre à un enfant d’évoluer en fonction de ses besoins. Le parent et le beau-parent définiront l’heure du coucher en fonction du besoin de récupération de l’enfant, le brossage des dents sera imposé chaque soir pour éviter les caries, le « merci » sera un des premiers actes valorisant le respect de l’autre ….
Les enfants pourront avoir des règles communes et différentes au sein du même foyer en fonction de leur âge et de leurs besoins spécifiques.

Expliquer que les règles peuvent varier d’un foyer à un autre
Les règles éducatives sont un sujet sensible dans les familles recomposées car il arrive fréquemment que les enfants doivent remettre en question les règles établies avant la séparation des parents. « Avant je pouvais regarder le télé quand je le souhaitais, aujourd’hui ma belle-mère autorise la télé 1h par jour ».
L’enfant comprend très vite que les règles finalement ne sont pas immuables et qu’elles dépendent des adultes. Elles perdent ainsi leur importance et l’enfant peut avoir du mal à les respecter.

Cela veut dire qu’il est indispensable de donner du sens à une règle afin qu’elle soit comprise. Si une règle a changé pour un enfant, soyez vigilant à expliquer pourquoi elle a évolué. Dans notre cas, il suffit d’expliquer à l’enfant que la télévision n’est pas « mauvaise » mais qu’il est important de développer ses connaissances et son esprit créatif avec d’autres activités telles que les livres, les jeux, ….

Plus il y a des différences entre les règles établies dans chaque foyer de l’enfant, plus il sera important de donner du sens à cette différence.

On ne peut pas demander à des parents séparés et à tous les beaux-parents d’imposer les mêmes contraintes aux enfants. En revanche, on doit expliquer qu’elles peuvent être différentes mais qu’elles doivent être respectées. Prenez l’exemple de l’école, l’enfant comprend bien que selon les professeurs les règles pourront évoluer.

Choisir un vocabulaire adapté
Certaines règles ne sont pas intégrées car non comprises. Le choix du vocabulaire visant à préciser une règle est extrêmement important. « Tu es insolent, je veux que ça change ! Si tu continues, je te supprime ton ordinateur » Cette mère ne comprenait pas pourquoi son fils, Paul, ne changeait pas d’attitude malgré ses mises en garde. En réalité, son fils n’avait pas compris la définition de l’insolence et était bien incapable de percevoir en quoi il l’était, donc incapable de changer, d’autant qu’il s’exprimait comme ses copains d’école. Un dimanche matin, sa mère lui demande de ranger sa chambre, faire ses devoirs et l’aider à ranger les courses. Paul répond : "et puis quoi encore, tu veux que je tonde le gazon, comme si je n’avais que ça à faire, tu fais chier !!!!".
Marie, sa mère, n’explose pas devant tant d’insolence et contrairement à son habitude demande à Paul de répéter sa phrase. Puis elle l’imite, en reprenant le même ton. Puis elle lui dit : "aimerais-tu que je te parle de cette façon", te rend tu comptes du ton sur lequel tu me parles", "effectivement tu n’as pas que ça à faire et moi non plus d’ailleurs, donc je ne vais pas faire de courses cette semaine", tu a été insolent en me manquant de respect et en m’injuriant, je t’interdis de recommencer. Le mot "insolent" est tout de suite devenu beaucoup plus clair pour Paul.

Être exemplaire
Le mimétisme envers ses parents est fréquent chez les enfants. D’ailleurs, dès qu’ils prennent la parole, nous sommes toujours surpris d’avoir cette étrange impression de nous « entendre ».
Je ne peux pas en vouloir à mon fils de 2 ans de dire « putain ! », alors que j’emploie cette expression 10 fois par jour.
L’adulte ne doit pas se comporter comme un enfant, mais si vous lui demandez de faire l’inverse de ce que vous faites tout le temps, ne soyez pas surpris qu’il ait du mal !
Et dans les familles recomposées, l’enfant va avoir le choix dans les exemples à suivre : un beau-parent, les enfants du conjoint.

5. Laissez à l’enfant la possibilité d’exprimer sa personnalité

L’enfant du divorce, qui intègre ensuite une famille recomposée, parfois après une période en famille monoparentale peut avoir bien du mal à trouver son équilibre. Et les règles qui se suivent et se succèdent pendant son enfance, dictée par la vie des parents, peuvent oublier une composante essentielle à son développement : à savoir la prise en compte de sa personnalité.

Judith et Max ont 4 enfants, et il y en a un qui dort beaucoup moins que les autres. Au début, ils l’obligeaient à se coucher à la même heure que tout le monde, soit 20h30. Il n’arrêtait pas de se lever, d’aller en cachette dans la chambre des autres, de faire du bruit, bref, de semer la pagaille. Le jour où il put se coucher à l’heure de son choix sous la condition de rester dans sa chambre sans faire de bruit, tout le monde pu dormir en paix.

Il est indispensable dans les familles recomposées de prendre le temps d’intégrer la personnalité des enfants , de découvrir les besoins de chacun, comprendre comment ils ont été élevés avant, pour éviter d’aller trop vite et d’installer des situations de blocage à travers des règles éducatives inadaptées.

6. Gérer les crises

Pendant la crise, les émotions dépassent souvent la raison. L’enfant et l’adulte se braquent, le dialogue est rompu. C’est pourquoi, il va falloir gérer les émotions de votre enfant dans un premier temps, mais aussi les vôtres. L’énervement entraîne l’énervement (tout le monde crie), les mots dépassent la pensée (je ne t’aime plus ! ), les sanctions deviennent parfois complètement inappropriées (privé de repas pour ne pas avoir éteint une lumière, une fois de trop !!).

  • Le calme est votre meilleur allié, cela n’empêche pas la fermeté, mais permet d’éviter les dérapages.
  • Rassurez l’enfant sera votre second meilleur allié. Commencez par "je t’aime, je comprends que tu puisse réagir ainsi, mais je ne peux pas l’accepter" vaut mieux que " ton comportement est inadmissible, tu seras puni". Les attitudes difficiles viennent d’une souffrance et d’un sentiment d’insécurité, alors le meilleur moyen est d’ouvrir les bras
  • Lorsque le retour au calme est effectif, analyser le déclencheur de la crise avec votre enfant, essayer de comprendre en utilisant un vocabulaire simple.
  • Enfin, parce que les règles ne peuvent pas être transgressées, appliquez une sanction efficace : adaptée à la transgression et éviter surtout le yoyo "c’est à dire passer de la tolérance à la punition pour le même acte".

Ce n’est pas au parent ou au beau-parent de gérer les crises, c’est surtout à celui qui est capable, dans l’instant, de garder son sang froid et son objectivité.

7. Quand on a tout essayé ..... , il y a l’aide extérieure

Lorsque l’on a l’impression d’avoir tout essayé et que rien n’a fonctionné, l’aide extérieure reste précieuse.
C’est parfois, prendre rendez-vous avec un psychologue, un médecin traitant pour parler de la difficulté que l’on a avec un enfant dans la famille.

Exposer une difficulté c’est arriver à mettre des mots sur une situation. La parole est bénéfique car elle vous oblige à exposer des faits, des exemples et les réponses se déclenchent parfois à ce moment.

Emmener un enfant voir un professionnel c’est aussi, lui démontrer, que cette situation ne peut plus durer. C’est montrer votre douleur à votre enfant et peut-être déclencher là aussi un début de solution.

L’avantage de l’aide extérieure c’est le recul apporté à la situation. Un nouveau regard, voir ce que vous n’arriviez pas à voir.

Et lorsque la gestion d’un enfant difficile entraîne trop de tensions dans le couple, une tierce personne sera la bienvenue pour vous aider à éviter qu’elles ne viennent fragiliser votre couple.

Lire aussi : je ne supporte pas l’enfant de mon conjoint
L’éducation des enfants de parents séparés, rôle du parent et du beau-parent

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