Accueil > Articles conseils > Psychologie > Les enfants > Les enfants de familles recomposées racontent leurs difficultés

Les enfants de familles recomposées racontent leurs difficultés

mercredi 16 juillet 2014 , dernière modification : mercredi 9 septembre 2015, par Easy Tribu

Mots-clés

Le bonheur de son enfant est le vœu le plus cher de chaque parent. Pour les familles recomposées, la question du bien-être de son enfant est centrale, mais la réponse n’est pas toujours évidente.

Si l’intérêt de l’enfant est au centre de toutes les discussions lors des séparations et des reconstructions de vie, le problème est que chacun a sa propre opinion de ce qui est mieux pour ce dernier.

Et si nous les écoutions un peu plus ?

Nous avons interrogé 40 enfants, de 8 à 16 ans, vivant en famille recomposée. Nous souhaitions connaître leurs préoccupations liées à cette forme de vie. Ils nous ont livré leurs difficultés, nous les avons commentées.

La relation enfant et beau-parent

Le sujet qui revient le plus souvent concerne l’acceptation du nouveau conjoint de son parent.

  • « Je refusais de connaître le nouveau compagnon de ma mère et je ne voulais pas le voir chez moi »

« Après une vie en famille monoparentale, il est difficile d’accepter la présence d’un beau-père dans un foyer. Une relation d’exclusivité entre une mère et son enfant a pu se construire. Pour autant, l’histoire de la vie est d’éduquer nos enfants afin qu’ils volent de leur propres ailes et quittent le foyer. Un enfant ne peut donc pas imposer une vie de célibat à l’un de ses parents. Il doit le comprendre. C’est le moment de parler à son enfant, de le rassurer sur ses plus grandes craintes, notamment celle du changement que cela va provoquer dans son quotidien. Une attention toute particulière doit être apportée à l’annonce de l’arrivée d’un beau-parent »

  • « Je déteste mon beau-père, ma mère est malheureuse avec lui »

L’enfant protège ses parents instinctivement et peut rapidement se faire des convictions sur le nouveau conjoint de son parent. Son prisme est double, il voit le bonheur de son parent et son propre bonheur. Certains enfants vont jusqu’à tout faire pour faire partir cet amoureux qu’ils jugent indésirable et savent à merveille être odieux avec celui-ci. Mais les enfants sont loin d’avoir toutes les cartes en main. Un enfant doit rester un enfant avec des problématiques d’enfants et ne peut pas intervenir dans la vie d’un couple en reconstruction. Il ne connaît pas les réels besoins de ses parents. Il est indispensable de rappeler à son enfant qu’il ne peut pas juger de ce qui est bien ou non pour son parent et que cette décision vous appartient.

  • « Je n’aime pas ma belle-mère, elle passe son temps à nous crier dessus »

La marâtre, celle qui élève les enfants d’une autre, à temps plein ou partiel, n’a pas toujours bonne presse. Souvent, elle organise la maison, le temps, la logistique, les repas, .... et doit se faire respecter d’enfants habitués à vivre différemment. Avec ses propres enfants, on excuse, on craque devant ses petites bouilles souriantes, on câline, mais avec les enfants d’une autre, le lien n’est ni naturel, ni toujours évident. Bien démarrer sa relation avec les enfants de son conjoint a toute son importance pour éviter de prendre au mauvais départ ou pour redémarrer une relation sur de meilleures bases. Restez authentique, parlez, donnez votre mode d’emploi, écoutez, cela pourra vous faire passer du statut de marâtre à celui d’une belle-mère formidable.

Les disputes du couple

  • « Mon père et ma belle mère se disputent sans arrêt, je ne sais pas combien de temps ils vont rester ensemble »

Les enfants de familles recomposées ont particulièrement besoin de stabilité, de signes qui démontrent que le couple va durer. Fragilisés par les signes annonciateurs de séparation qu’ils ont vécu précédemment, ils sont aux aguets et de façon pragmatique ou instinctive ne chercheront pas à s’attacher à une relation qui paraît éphémère. On ne peut pas empêcher les disputes mais en revanche on peut rassurer les enfants sur la stabilité d’un couple. En outre, l’achat d’une maison, la naissance d’un demi-frère, un remariage sont autant de signaux indiquant la solidité du couple qui rassureront les enfants.

  • « J’ai bien remarqué que mon père prenait toujours ma défense, parfois allant jusqu’au conflit avec ma belle mère. J’ai l’impression qu’ils se disputent à cause de moi et ça me met mal à l’aise. »

La cohabitation n’est pas simple pour la famille recomposée. Les principes éducatifs se confrontent, surtout les premiers temps. Ce qui paraît naturel pour l’un ne l’est pas pour l’autre et après une période d’observation, les tensions arrivent vite. A cela s’ajoute le parent qui, parce qu’il voit moins son enfant, compense par un déficit d’autorité. Et puis le lien du sang, les tripes parlent et tolèrent beaucoup plus lorsqu’il s’agit de ses propres enfants. Les notions d’équité, de justice ou d’objectivité deviennent vite relatives lorsque l’on vit en famille recomposée. Dans tous les cas, il est important que le parent et le beau-parent rassurent les enfants sur la nature d’une dispute qui exprime avant tout un désaccord. C’est fréquent et normal, l’enfant n’est pas responsable, il fait simplement émerger un désaccord.

Le lien parent-enfant

  • « Je ne suis jamais seul avec mon père ou ma mère et ça me manque »

Passer du temps seul avec son parent ne veut pas dire exclure les autres membres de la famille recomposée. Bien au contraire, un parent a besoin de se retrouver seul avec son enfant et vice-versa parce qu’ils ne se voient plus aussi souvent qu’avant. Ces moments leur permettent d’aborder tous les sujets, sans filtre, sans tabou et de créer leur propre relation dans un nouvel environnement, avec une belle-mère et d’autres enfants. Il n’y a pas de règles : 5 min par jour, 1 activité en commun, 1 fois par mois, tout dépend du besoin de chacun.

  • « Je suis mieux ici, je n’ai pas envie de passer mes vacances avec mon père/ma mère » ou bien « Je n’ose pas dire à mon père que je n’ai pas envie d’aller le voir »

Un enfant passe son temps à s’adapter passant du foyer de sa mère au foyer de son père. Parfois, un enfant sature et n’a plus envie .... En soi, cet état n’est pas surprenant et en reflète pas nécessairement un sentiment de non-amour vis à vis de son parent. Mais sa personnalité et ses besoins évoluant, il se peut qu’il préfère, pendant une période arrêter les allers/retours ? Que faut-il faire ? Faut-il obliger un enfant à profiter de ses deux parents s’il ne le souhaite pas ? Il faut surtout découvrir ses motivations profondes, ses attentes réelles.
Le lien qui se construit avec votre enfant n’est pas lié au temps de présence mais à ce qu’il se passe lorsque vous vous voyez.

  • « Mon père se fiche de moi, il a changé, ne s’occupe plus de moi, ne joue plus avec moi, il n’est plus comme avant »

Le changement d’attitude d’un parent peut être perturbant pour un enfant. Ne plus reconnaître son père ou sa mère est fort déstabilisant. La vie de famille recomposée parce qu’elle est un changement majeur, engendre une évolution : nouvel entourage, nouvelles habitudes et certaines facettes de la personnalité cachées jusqu’alors se dévoilent.

  • « Mon père et ma mère ne se supportent plus, l’un passe son temps à critiquer l’autre en ma présence »

S’il y a séparation on peut facilement imaginer qu’il y a encore des tensions entre les parents, qui naissent de la quasi obligation de contact lié à la présence d’un enfant en commun. Certains disent qu’il ne faut jamais critiquer l’autre parent devant son enfant et qu’il faut garder des bonnes relations, facile à dire, plus difficile à faire. Et surtout, en quoi est-ce vraiment nécessaire ? Un enfant peut comprendre que les parents ne s’entendent pas, pourquoi se seraient-ils séparés sinon ? Un enfant peut comprendre qu’ils se critiquent.
Deux points de vigilance sont à retenir : l’aliénation parentale qui consiste à éliminer un parent de la vie de son enfant en détruisant son image, son souvenir, sa place et la vengeance à l’égard de l’autre parent en utilisant son propre enfant comme une arme.

  • « J’espère toujours que mes parents se remettront ensemble, un jour »

L’espoir de la reprise de la vie d’enfant peut durer longtemps chez un enfant, encore plus s’il en garde des bons souvenirs. Des parents qui s’entendent bien, des relations conflictuelles avec un beau-parent et l’enfant rêve d’une reprise de vie commune entre ses parents. Il peut aussi aller jusqu’à oublier toutes les disputes, idéalisant le passé. Les enfants ont besoin de cohérence et de logique dans ce qu’ils vivent. On ne peut pas les empêcher de rêver, mais on peut éviter de les laisser dans de fausses croyances. Cela leur permet de se projeter, de créer une relation avec un beau-parent, les enfants de celui-ci.

La relation entres les enfants qui vivent en famille recomposée

  • « Je n’aime pas quand l’enfant de ma belle-mère vient à la maison, elle a tous les droits, elle fait sa princesse »

La notion d’équité entre les enfants est ultra-importante dans les familles recomposées. Mais il n’est vraiment pas facile de la faire vivre car les droits sont aussi liés à l’âge des enfants, leur personnalité, leur caractère. De plus, les parents qui voient peu leurs enfants, n’ont pas forcément envie de passer leur temps à les cadrer, et sont parfois beaucoup plus tolérants avec ces derniers. Mais l’équilibre d’une tribu, issue de parents différents, passe forcément pas le respect de l’équité. On ne gâte pas davantage un enfant, on ne tolère pas plus, ou si on le fait, c’est qu’il y a forcément des raisons, certes plus facile à dire qu’à faire ! Créer un belle relation entre les enfants d’une famille recomposée est possible, il faut surtout en avoir la volonté.

  • « C’est pas marrant de devoir partager tout le temps avec tous les enfants »

Des familles qui s’agrandissent avec en moyenne 2,3 enfants par foyer, et des logements qui doivent accueillir des enfants sur des périodes plus ou moins longues, amènent les enfants à devoir partager souvent. Ils partagent leurs parents, leur chambre, leurs jeux, leur maison, leurs amis, leurs vacances .... Le meilleur moyen d’accepter le partage c’est d’être pris en considération par ailleurs. Choisir une activité pendant les vacances, une décoration dans une chambre commune, le menu d’un repas, ...permettront aux enfants de mieux accepter l’idée du partage en y participant, en y apportant leur touche personnelle.

Stabilité du foyer, l’équité, l’acceptation de l’autre, le partage, les relations sont au centre des difficultés des enfants qui vivent en famille recomposée. En parallèle, ils ont besoin de toute leur énergie pour se développer, se construire. En comprenant leurs difficultés, qui varient selon leur âge, leur personnalité, leur histoire, on peut les aider à mieux vivre cette vie de famille recomposée. Si les débuts peuvent être difficiles, la majorité des enfants interviewés avouent avoir trouvé leur équilibre avec le temps. Ils ont créé des liens forts avec un beau-parent, un quasi-frère, et ont trouvé également toute la richesse de vivre en famille recomposée.

Et si vous posiez la question à vos enfants ?

Vos commentaires

Répondre à cet article

Qui êtes vous ?

Participez à la communauté

Partagez vos infos, vos idées, votre avis

Je veux contribuer !